Je me suis rendue sur le camp de Ende Gelände après une action réussie à Stockholm fin avril (communiqué de Robin Wood en anglais) lors de l'assemblée générale de Vattenfall en réaction à l'annonce de la vente des mines de charbon allemandes et pour attirer l'attention sur les actions de l'initiative Ende Gelände quelques semaines plus tard (voir aussi une action contre Vattenfall l'été dernier à Hambourg). Le but des actions de masse dans la Lausitz était de faire pression sur le gouvernement suédois (dont l'accord est nécessaire pour sceller la vente des mines), Vattenfall et les repreneurs potentiels des mines. La pression était d'ordre politique et pratique. Le message était clair : les mines et centrale à charbon doivent être fermées pour toujours, pas vendues. La résistance continuera jusqu'à ce que les installations soient fermées pour toujours.

image: Action à Stockholm le 27 avril 2016

Le concept des actions de masse visait cette année l'ensemble de l'infrastructure de l'industrie du charbon. Ce concept décentralisé a permis une multitude d'actions dans les mines et sur les voies d'accès aux centrales à charbon. Actions de masse et actions de petits groupes se sont très bien complétées. Plus de 3000 personnes ont participé à Ende Gelände. Les actions ont permis de raviver le débat sur la vente des mines au parlement suédois et de donner à la lutte pour le climat la dimension internationale qu'elle mérite. Des actions ont eu lieu  dans le monde entier. Les actions ont aussi mis un peu de lumière sur une politique énergétique tournée vers le passé et dictée par les magouilles politiciennes dans l'est de l'Allemagne.

deux images de l'action escalade lors de Ende Gelände 2016: source "Robin Wood"


deux autres images: source "Pay Numrich"

Le concept d'actions décentralisées m'a beaucoup plu, j'ai ainsi pu participer à une action. Cela n'avait pour moi pas été possible l'an dernier, car les actions de masse se dirigeaient contre les  mines de charbon de RWE et il fallait beaucoup marcher et forcer des barrages de police pour atteindre la mine. Avec ma polyarthrite rhumatoïde (PR) je ne suis pas en mesure de faire plus de 1 kilomètre à pied… La résistance vit de sa diversité, connaissant très bien le droit allemand et défendant régulièrement des activistes devant les tribunaux, je m'étais associé à l'équipe d'aide juridique et avait là de quoi faire, le travail des équipes d'aide juridique est un soutien aux actions de désobéissance civile ! Cette année j'avais envie dans la mesure du possible de participer à une action de désobéissance civile. Et le concept décentralisé s'y prêtait bien. Un petit groupe de grimpeurs et grimpeuses s'est retrouvé spontanément sur le camp et à décidé en concertation avec les autres groupes de bloquer un pont ou 3 voies ferrées menant à la centrale de « Schwarze Pumpe » de croisent. L'association d'action pour l'environnement Robin Wood a soutenu l'action et mis du matériel d'escalade à disposition. Il nous manquait, vu le caractère spontané de l'action, un peu matériel et la nuit a été très froide (pas plus de 5 degrés…). Mais on a tenu quand même 30 heures. J'étais fortement enrhumée, si bien que j'ai demandé des bonbons pour la gorge a à peu près toutes les personnes de passage pour nous soutenir ! Nous recevions régulière ment des informations des autres blocages : des centaines de personnes occupaient les rails à d'autres endroits, il y a aussi eu une pyramide en béton qui bloquait les rails avec des activistes fixéEs dessus ( et a été enlevée par la police après des heures d'intervention), des personnes se sont enchaînées à les tubes posés sous les rails, etc. Un groupe a envahi la centrale, la police a réagi par des centaines d'arrestations. Nous avons pu voir l’efficacité de la résistance collective, lorsque nous avons vu une des tours de refroidissement de la centrale de charbon de « Schwarze Pumpe ;» s'éteindre en raison de la baisse de la production liée au blocage du ravitaillement de la centrale en combustible. Cela était certes symbolique, car l'arrêt n'était pas pour toujours, mais ce symbole montre que la sortie du charbon est possible. Ce jour-là l'Allemagne a pour la première fois couvert ses besoins en électricité avec 100 % d'énergies renouvelables.

2 images: source "Getty image"


Une équipe de la police spécialement formée à l'escalade est arrivée sur les lieux de notre blocage au bout de 24h (!). Les policiers se sont équipés et on fait appel à une grue. Mais ils ont interrompue leur action au bout de 90 min, jugeant que nous descendre de nos perchoirs allait durer trop longtemps ; les actions étaient annoncées pour la durée du week end. La construction dans laquelle nous étions installéEs sous le pont à l'abri des intempéries était assez compliquée et les policiers ne pouvaient pas y accéder avec leur grue, les caténaires de la ligne de chemin de fer étant dans le passage. Le courant avait été coupé la veille et la ligne électrique mise à terre, si bien que nous étions en sécurité – et difficile à atteindre. Les policiers sont repartis et nous avons terminé notre blocage quelques heures plus tard en même temps que les actions de masse. La police a fini par déloger celles et ceux qui n'étaient pas partis à ce moment, notamment les personnes enchaînées aux rails.


Des habitantEs de la région ont soutenu et participé aux actions. Mais dans une région óu l'on vit de cette industrie polluante depuis des décénies, ou les villages disparraissent les uns après les autres de la carte et mis a part ce qui vivent de charbon, peu de gens restent, il ne fallait pas s'attendre à un soutien important – au contraire. Quelque soit leur couleur politique, les politiciens sont pour le charbon, même les Verts qui parlent de sortie dans 30 ans pour faire la pêche aux électeurs en donnant l'impression d'être écolos sans l'être dans les faits. Les manifestants étaient les méchants qui veulent faire disparaître les emplois. Les gens s'accrochent à une politique énergétique du passé sans vouloir penser l'alternative. Le changement climatique et les nombreuses victimes qui en découlent ne les intéressent pas. Ils n'intéressent que pour leur propre situation. C'était donc une bonne idée de faire les actions dans la Lausitz et de les confronter avec les problèmes globaux. Et il faut bien le dire : la région et brune, pas seulement à cause du charbon, mais d'un point de vue politique. L’extrême droite y est très présente et tous les partis s'en accommodent et coopèrent, même s'ils prétendent le contraire. Une manifestation « spontanée » a eu lieu contre les activistes de Ende Gelände.  Des travailleurs, des politiciens et des néonazis y ont participé. Il y a de quoi douter de la spontanéité… des travailleurs ont été emmenés dans des bus de Vattenfall sur les lieux de la manifestation. Nous les avons vus passer à proximité de notre blocage. Après cette manifestation « spontanée », plusieurs manifestantEs de Ende Gelände ont été agressés sur les blocages ou des manifestations déclarées. La petite manifestation de Ende Gelände déclarée à la gare a été attaquée, les manifestantEs ont été obligéEs de prendre la fuite, le matériel a été démoli. Pas mal de blocages ont été attaqués à coups de gros pétards. Ce sont des pétards très dangereux, si on les prend dans la main au moment de l'explosion, ils peuvent arracher celle-ci. Ces objets ont été lancés dans la foule. Notre blocage n'y a pas échappé. Nous étions particulièrement exposés, le lieu de l'action était à proximité d'une zone que l'on peut appeler zone nazifiée, no go pour les étrangers. Nous sommes passés une fois à travers cette zone et n'avions ensuite pas envie d'y repasser. C'est un mélange de conservateurs, nazis pas futés et pas organisés et de nazis organisés pour se battre et en découdre avec tout ce qui n'est pas allemand de souche. L'espace est publique, mais mieux vaut ne pas s'aventurer dans ces rues si l'on a la peau sombre. Les nazis l'ont comme privatisé, en témoignes les inscriptions et panneaux installés – et les tatous sur la peux des personnes que nous avons aperçues. Ils organisent régulièrement des concerts sauvages interdits de musique nazie et d’extrême droite. Les autorités n'interviennent pas. Et ce n'est pas la peine de se demander pourquoi. Ce n'est pas nouveau, ce n'est pas un secret, les autorités sont elles-mêmes noyautées par l’extrême droite – surtout dans l'est de l'Allemagne. Un exemple criant d'actualité est leur implication louche dans les meurtres du NSU, une organisation terroriste d’extrême droite. Des dossiers ont été « par erreur » anéantis, un responsable des services secrets était présent sur les lieux d'un crime et ne veux rien avoir vu, des objets de preuve ont disparu au sein du bâtiment des services secrets… Des témoins qui avait annoncé vouloir parler sont morts dans des circonstances mystérieuses juste avant leur audition…

Pour en revenir à Ende Gelände : une interview dans le journal TAZ a bien confirmé mon sentiment quant au comportement de la classe politique vis à vis de l'extreme droite dans la région. Un député du partis social-démocrate SPD a prétendus dans une interview ne pas avoir vu de nazis. On ne voit qu ce que l'on veut voir. Le député en question a participé à la manifestation « spontanée » contre Ende Geände (les méchants qui veulent anéantir leurs emplois). A cette manifestation ont participé de nombreuses personnes connues comme étant d'extrême droite. Et puis certaines de ces personnes avaient encore le drapeau du syndicat des travailleurs des mines de charbon dans les mains, lorsqu'ils ont attaqué les gens avec leurs pétards en criant des paroles xénophobes… Le syndicat a finalment été obligé de se distancer de ces actions violentes. Monsieur le politicien soi-disant de gauche, lui n'a rien vu. S'il n'a rien vu, pas besoin de se distancer et tout va bien on continue à travailler main dans la main à pourrir la planète !

Il va falloir encore bien des actions telles celles de Ende Gelände pour changer le monde ! Pourtant, les alternatives existent : Renouvelable décentralisé, économies d'énergie, économie de partage (et pas capitaliste), etc. Mais pour cela, il faut arrêter de faire l'autruche et sortir la tête du charbon. Ça demande des efforts, ça demande réfléchir… Plus complexe que la pêche aux voix d'une élection à l'autre !

Ende Gelände a annoncé pour 2017 des actions de masse dans la Ruhr, le fief de l'autre géant du charbon, RWE. Un camp climat et une degrowth summer school (rencontre sur le thème de la décroissance) de moindre importance que dans la Lausitz cette année, aura par ailleurs lieu cet été en août das la région.